Portrait

Lucie Jugelé

CAMPUS
Montpellier
ANNÉE
2020
PROFIL
élève

"Je pars du principe que si on fait quelque chose qui en vaut la peine, il faut la faire jusqu'au bout."

Lucie est élève en troisième année de la formation Théâtre au Cours Florent à Montpellier et assistante pédagogique de Stéphane Laudier

  • Comment t'est venue l'envie de faire du théâtre ?

À 12 ans, le 1er avril, j'ai décidé de faire une blague à ma professeure d'anglais. Personne n'était au courant sauf ma voisine de classe. J'ai dit à ma prof que j'avais mal à la tête, elle m'a demandé si je voulais aller à l'infirmerie, je lui ai non. Après quelques minutes j'ai simulé un évanouissement. J'ai entendu un grand "whoooo" et ma prof s'est précipitée sur moi en essayant de me réveiller, jusqu'à ce que je sorte un "poisson d'avril !" Tout le monde a rigolé, ma prof y compris. Ils y ont tous vraiment cru. Et j'ai senti que je voulais transmettre des émotions, quelle qu'elles soient. Ce n'était pas très intelligent, mais j'ai adoré ce poisson d'avril ! Ensuite j'ai suivi les très bons conseils de mes parents, qui étaient d'avoir un backup. J'ai continué mes études jusqu'à 25 ans en graphisme, j'ai failli avoir un CDI, et puis j'ai dit stop. Je n'attends plus, je me lance vraiment dans le théâtre. 

  • Comment se passe ta formation au Cours Florent ?

Excellemment ! J'ai eu du mal au début, m'étant décidé au dernier moment, je n'avais pas d'appart, je ne connaissais personne sur Montpellier. J'ai commencé un peu dans l'observation. Je n'avais jamais vraiment fait de théâtre même si j'en avais envie car je ne voulais pas m'éparpiller (ce n'était pas forcément la bonne solution). J'ai donc essayé d'apprendre, de faire comme on me disait avec mon côté beaucoup trop scolaire. Ça n'a pas fonctionné tout de suite. J'ai beaucoup appris de cette première année mais je n'ai pas réussi à la vivre vraiment. J'ai donc redoublé ma première année, et j'en suis très heureuse. Ce qui m'a débloqué c'est une phrase de Jérôme Léguillier, premier directeur du Cours Florent Montpellier. On discutait, en toute simplicité, moi entre le rire et les larmes de ne pas avoir réussi. Et il m'a dit, en me regardant avec ses yeux pétillant de passion : "C'est ça qu'on veut voir". Auquel j'ai répondu, après une "pause compréhension" : "juste moi, en fait". Depuis, je vis. Je me suis retrouvé, j'apprends de plus en plus, je grandis sur les planches et personnellement. 

Ma deuxième première année m'a fait faire un bond en avant. J'y étais ! Jean-Michel Portal m'a énormément apporté, j'ai appris à me connaître dans des situations stressantes, j'ai découvert ma passion pour la mise en scène, grâce à lui, j'ai beaucoup travaillé le comique sur le plateau et je crois bien que c'est mon domaine. Ce qu'il avait compris bien avant moi. 

En deuxième année, j'ai intégré la classe de Stéphane Laudier. Je me suis d'abord dirigé vers le comique avec mon monologue, puis j'ai vite compris qu'avec Stéphane, je pouvais essayer d'autres choses. Je me suis dirigée vers des choses plus difficiles pour moi, des sentiments que je ne savais pas exprimer. Ce professeur, d'un calme exceptionnel, a le pouvoir d'intéresser ses élèves! J'ai découvert des auteurs, des langues extraordinaires. Maintenant, il fallait jouer... C'est sur l'échéance "Fragments", que je pense avoir touché un truc. Stéphane est très doué pour la distribution, le rôle qu'il m'a attribué était fait pour moi, j'ai même pleuré sur le monologue de fin. Moi. Sur un plateau, traversé par les mots, les larmes aux yeux. Même s'il me reste encore beaucoup de travail, je remercie vraiment Stéphane d'avoir "taillé la pierre". 

La troisième année est totalement différente, elle va vite. Les professeurs nous considèrent  comme des comédiens et non plus comme des élèves, et on apprend toujours autant. 

Le premier module avec Charles-Éric Petit a été très intense. En créativité et en émotions. Je fais le lien avec l'option corps musical de Fabrice Michel qui m'a énormément apportée. Quand on pense qu'on vit, on se rend compte qu'on peut vivre encore plus. Fabrice et Charles-Éric m'ont fait découvrir des choses profondes. Comment un corps vit avant même que la pensée n'arrive. Comment mon corps pense sans moi, sans mon cerveau. C'est une liberté que je n'avais jamais imaginé traverser. Je les remercie de m'avoir fait découvrir cette liberté. 

Le deuxième module n'avait rien à voir ! On se rend compte en cette troisième année des différences qui existe entre metteurs en scène !

Je crois que c'est Jacques Allaire qui m'a appris à désapprendre. À gommer les mauvais réflexes. J'ai retrouvé le stresse de ma deuxième première année sur ce module. Et j'ai vu que je ne le gérais toujours pas correctement... 

Je n'ai pas parlé de toutes les options, mais tout est sujet d'apprentissage dans cette école. Je pense d'ailleurs que tout est sujet d'apprentissage dans la vie. 

  • Tu es assistante pédagogique de Stéphane Laudier (professeur de 2ème année), peux-tu nous en dire plus ? 

Comme dans toutes choses au Cours Florent, je m'y investis à fond. Je pense qu'aucun.e assistant.e ne voit cela de la même façon. Il n'y a pas de guide de l'assistanat. De même que chaque professeur.e est différent. Je fais en fonction de moi. Je peux être un pont entre professeurs et élèves pour ce qui est de partager les informations. Je fais une sorte de suivi de chaque élève. Je suis beaucoup avec eux en tant qu'œil extérieur pendant les répétitions, j'essaye de leur transmettre ce que j'ai appris avant eux à l'école. Je donne mon avis en cours. Je ne pense pas être plus "importante" qu'eux, parce que je suis assistante. Je suis au même niveau, un peu la déléguée de classe, si on veut. Et je pense en apprendre autant qu'eux. Je peux aussi être un "œil supplémentaire" pour Stéphane. En fait, c'est à eux qu'il faudrait demander, je crois. 

En revanche, je sais ce que cela m'apporte. J'aime beaucoup la façon de travailler de Stéphane. Comme je le disais j'apprends ou je réapprends, autant qu'eux de ses conseils. Je les utilise d'ailleurs toujours, que ce soit pour moi ou pour les acteurs de mon TFE [Travail de Fin d'Etudes]. 

  • Quel conseil donnerais-tu à un futur élève ?

Travailler ! Travailler ! Et travailler ! Ce ne sont pas des vacances. Je pense que le Cours Florent n'est bénéfique que si on le fait vraiment. On ne peut pas se dire je vais être comédien.ne si on s'investit à moitié. Vraiment, j'insiste. Et travailler ça ne veut pas dire juste aller en cours. Ça ne veut pas dire, juste écouter et faire ce que me dit le professeur. Même si c'est déjà bien, c'est le minimum. Le théâtre doit être présent, je pense, tous les jours, dans tous ce qu'on fait. On peut voir une mouette s'envoler et avoir une idée pour son rôle. Surtout si on joue Anna dans La mouette d'A. Tchekhov. Je vais loin, peut-être. Et peut-être pas ? Mais vraiment c'est un investissement considérable. Des fois, j'avoue, il m'a fallu un coup de pied au derrière pour aller en cours (de Corps en jeu par exemple), mais je pars du principe que si on fait quelque chose qui en vaut la peine, il faut la faire jusqu'au bout. Et ça en vaut la peine ! 

Donc travail et investissement réel. Et puis s'amuser de tout ça.