Témoignage
Julien Delbès
« Un lieu propice à l’imagination » : voici comment Julien Delbès décrit l’école qu’il dirige depuis 2022.
Campus
Bordeaux
Professeur
« Un lieu propice à l’imagination » : voici comment Julien Delbès décrit l’école qu’il dirige depuis 2022. Rien d’étonnant à cela de la part d’un directeur qui ne se contente pas d’être au cœur de la nature mais qui met la nature au cœur du projet théâtral. C’est sans doute là que se trouve la singularité de ce campus, installé dans le château du Prince Noir et son parc, près des berges de la Garonne et du ponton du Bat3, la navette fluviale de Bordeaux. On y cultive un art de vivre et un art de créer en plein air. On y cultive surtout des forces inédites : l’espace pour exister en tant que comédien et comédienne, un territoire aquitain qu’il faut ici appeler terrain de jeu, et le privilège d’habiter dans une région où il y a tant à inventer.
Une formation renforcée pour le cinéma et les castings
« Le parc offre un cadre idéal pour répéter une grande partie de l’année », souligne le directeur. Une atmosphère qui reflète aussi l’esprit du Cours Florent Bordeaux : « Le cadre est bienveillant et familial, pensé pour permettre à chaque élève de rechercher l’artiste qui sommeille, sa singularité et son autonomie. »
Et si Julien Delbès a le souci d’encourager chez ses élèves aussi bien la passion du jeu que l’attachement pour le cadre dans lequel ils se forment, c’est notamment parce qu’il sait que la région Nouvelle-Aquitaine s’impose aujourd’hui comme l'un des territoires les plus dynamiques et attractifs de France pour la production audiovisuelle et cinématographique. Chaque année, la région attire ainsi un nombre massif de productions, et en 2025, le bilan était de 905 jours de tournages pour 62 projets, dont 35% pour les longs-métrages et 26% pour les séries télévisées. En 2024, un pic avait été atteint avec déjà 1200 jours de tournage (chiffres de l’Agence ALCA).
Pour le directeur, théâtre et cinéma ne doivent donc plus fonctionner côte à côte, ils doivent s’additionner. À son arrivée, il crée l’option Cinéma, un atelier technique organisé d’octobre à avril, proposé sur deux niveaux et représentant 6 heures de formation en plus des 9 heures hebdomadaires du tronc commun, notamment pour constituer sa bande-démo et se confronter à l’exercice du casting : « C’est un exercice particulier, on peut facilement se casser la figure ; la demande est forte chez les élèves et ces ateliers sont notamment faits pour s’y préparer ».
Parce que la région se distingue par un fonds de soutien financier ultra-attractif dans le domaine audiovisuel, le directeur s’engage pour préparer ses élèves aux opportunités de rôles qui s’y multiplient. Et après ? Tout est possible, comme le montre le parcours de Max Warbuton, ancien élève de Bordeaux, qui était à Cannes cette année pour le film Moulin de László Nemes.
Un incubateur de collectifs soudés
Julien Delbès est fier du théâtre vibrant et résolument tourné vers l'extérieur qu’il encourage également depuis son arrivée et qui est devenu la « signature Bordeaux ». La meilleure illustration en est sans aucun doute le Festival de Court Théâtre de Carcans, fruit d’un partenariat entre l’école et la ville de Carcans-Maubuisson, incarnation parfaite de la philosophie de l’école : sortir des murs pour aller à la rencontre du public. C’est à chaque fois l’occasion pour plus d’une dizaine de troupes issues des Cours Florent Bordeaux et Montpellier de présenter leurs spectacles sur trois scènes de plein air. Un jury de professionnels encadre la compétition et le premier prix est une résidence pour développer la version longue du spectacle récompensé.
Preuve de ce dynamisme, la pièce Lucienne Eden, meilleur TFE 2025, a reçu le prix de jury Carcans et s’est exporté avec succès jusqu’au théâtre Funambule à Paris, une trajectoire qui montre que la création émergente de la région a non seulement une identité forte mais aussi une envergure nationale. Le château du Prince Noir semble ainsi fonctionner comme une ruche de jeunes compagnies prêtes à enrichir le paysage culturel, parmi lesquelles la Compagnie 11 pour cent ou encore la Compagnie 22h22, créés par des ex-élèves de Bordeaux. Elles incarnent ce théâtre direct, inventif, que l’on déconseille de faire pousser dans une boîte noire parce que c’est à la lumière naturelle, celle du Sud-Ouest, qu’il s’épanouit le mieux.
Julien Delbès entre au Cours Florent comme élève en 2001. Puis il y devient professeur dans les cursus jeunesse et adulte ; il intègre la direction de la pédagogie avant son arrivée à l’école de Bordeaux en 2022 où il occupe la fonction de directeur.
Quelques questions à Julien Delbès
J’ai eu la chance, une fois ma formation d'acteur au Cours Florent terminé, d’être pendant une année assistant au côté de Georges Becot dans sa classe de deuxième année. Sous son aile, j’ai pu sentir les prémices de l’enseignement théâtral, de ses questionnements perpétuels, de ses recherches continues, de ses rencontres si enrichissantes.
J’ai eu le privilège ensuite d’entamer mon métier de formateur dans la section jeunesse, cela a confirmé, affirmé mon envie d’être pédagogue, d’éveiller, de guider de jeunes apprentis. C’est à cet endroit que j’ai senti le besoin d’être aux cotés à la fois de néophytes et d’experts.
L’envie, la curiosité, l’empathie envers les autres et le monde qui les entoure. Se nourrir de tout ce qui les entoure, être une éponge et oser. Et qu’ils continuent d’aller voir des films, de regarder des séries et qu’ils aillent au théâtre voir tout ce qui se fait.
Propos recueillis par Géraldine Cirot en mai 2026.
Crédit photo : Suzanne Rault-Balet