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Du texte à la scène : Claire Stavaux (L’arche) rencontre les élèves du Cours Florent
Les Vendredis du Cours Florent s’installent dans le bureau de Claire Stavaux, directrice de la maison d’édition L’Arche, pour une discussion à bâtons rompus sur la place de l’édition dans le théâtre contemporain – ou comment donner une existence littéraire à la matière dramatique.
LIRE, ÉDITER, PASSER LA FLAMME.
« Martin Crimp ! » Claire Stavaux n’a rien oublié de l’émotion qui s’est emparée d’elle quand pour la première fois elle recevait un coup de fil du dramaturge britannique. C’était l’été, elle était alors stagiaire dans la maison d’édition dont elle prendrait les rênes quelques années plus tard. Généreuse et passionnée, l’éditrice nous parle d’abord d’un enchevêtrement – le jeu, la lecture, la scène, le livre – celui dont elle part aujourd’hui pour rassembler les œuvres, « faire répertoire », et créer des « objets-livres » pour les professionnels du théâtre. Pour « dire le monde dans ses tourments et ses percées de lumière ».
Claire Stavaux en est convaincue, le texte, le corps à corps avec la chose écrite, est au cœur du geste théâtral. Et parce que « le souffle et le corps sont dans la langue », il faut lire, rappelle-t-elle aux élèves du Cours Florent. La fameuse liste des textes à lire, donnée aux étudiant⸱e⸱s de première année ? Le secret est dans le verbe : ce sont des choses à lire. Pour elle, c’est ici que commence le théâtre, dans l’appropriation d’un récit qui nous est adressé (explorez sans limites la bien-nommée collection Des écrits pour la parole).
Comment L’Arche contribue-t-elle, depuis sa fondation par Robert Voisin (1949), à redéfinir « le contemporain » dans le livre et sur l’espace scénique ? La réponse se trouve notamment dans sa double existence, d’une part comme maison d’édition fière d’aller chercher des dramaturgies partout dans le monde et de les traduire, d’autre part comme agence théâtrale qui, depuis que Bertolt Brecht lui-même en a fait la demande, non seulement édite mais aussi représente les auteurs et autrices. Faire répertoire, et surtout faire famille, s’enthousiasme l’éditrice.
L’enthousiasme. Celle qui accueille dans ses collections Lucy Kirkwood, Alexandra Badea, Kate Tempest, Alice Zeniter, Christophe Pellé, Fabrice Melquiot et tant d’autres, nous parle comme le font les jeunes poétesses auxquelles elle donne la parole*, c’est-à-dire dans une langue commune, où dire, c’est déjà agir : « Si tu décides d’être une poétesse et si tu prends le risque d’écrire, aucune force ne te détournera de l’être ou de le faire ».
Comment ne pas y entendre le conseil de suivre le mouvement du désir pour se diriger vers le seul choix possible : celui du métier que vous, acteurs ou actrices, avez choisi ? Pour de bon.
Ainsi se termine une discussion dont la forme ressemble au théâtre contemporain, à sa vigueur plurielle, « à mi-chemin entre la chorale et l’avalanche ». Claire Stavaux nous propose de redécouvrir Psychose de Sarah Kane dans sa nouvelle traduction non-binaire, qui ouvre au multiple. Une manière de refermer l’échange en invitant les comédiens et comédiennes aspirants à casser les assignations, à devenir eux aussi des ouvreurs de territoire où l’on ne joue que par plaisir.
* Lettres aux jeunes poétesses, L’Arche, 2021
Par Géraldine Cirot.
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