Portrait

Noémie Carcaud

CAMPUS
Bruxelles
ANNÉE
2020
PROFIL
professeur

Ce qui me passionne, c’est le travail de l’acteur, dans le jeu comme dans l’accompagnement.

  • Noémie, d’où venez-vous et quel est votre parcours ?

Je viens de Nancy*, j’y ai vécu jusqu’à il y a 15 ans. J’ai commencé le théâtre très jeune, vers 12 ans dans un atelier de théâtre amateur. J’ai choisi une option théâtre au lycée, et en parallèle j’ai suivi des cours au Centre Dramatique National de Nancy.  J’ai très jeune passé des concours, que j’ai souvent raté au deuxième ou troisième tour. J’ai également été dans une école expérimentale de théâtre musical itinérante - la LTDP - en Bourgogne, avec Joëlle Sévilla et Alexandre Astier. C’était vraiment une expérience de troupe, une école de la vie, faite de cours, de spectacles, de tournées, d’ateliers dans les quartiers…

Je suis ensuite rentrée à Nancy et ai continué de me former grâce à des stages professionnels, avec différents metteurs en scène, auteurs, chorégraphes, acteurs… Certains étaient proposés au CDN de Nancy, d’autres m'attiraient car j’étais intéressée par certaines écritures ou des propositions plus gestuelles. C’est à l’occasion de ces stages que j’ai rencontré Joël Pommerat, avec qui il y eu un grand coup de foudre artistique, et la Compagnie 4 Litres 12. Cette dernière m’a proposé d’intégrer la compagnie, nous avons travaillé ensemble pendant 5 ans. Leur travail s’inspire de Grotowski, des méthodes d’échauffement, de l’organicité du jeu et du plateau. Cela m’a beaucoup appris. J’ai commencé aussi très tôt à faire de la mise en scène avec mes camarades du CDN. Ça m’a très vite passionné ! En tant que metteur en scène, je crée un spectacle tous les 4 à 6 ans, tout en travaillant sur de nombreux projets en tant qu’actrice.

* Retrouvez nos prochains stages à Nancy

  • Qu’est-ce qui a motivé votre choix de venir vous installer en Belgique il y a donc 15 ans ?

J’ai arrêté de travailler avec les 4 Litres 12, car c’était très accaparant. J’avais besoin de travailler avec d’autres personnes, d’autres compagnies en Lorraine. Puis, pour des raisons autant professionnelles que personnelles, le choix s’est posé sur Bruxelles : une capitale à taille humaine !

  • Vous avez travaillé des années avec Joël Pommerat, un auteur que les élèves en Cursus travaillent beaucoup à l’école. Quels sont les projets marquants avec ce metteur en scène ?

J’ai rencontré et travaillé avec Joël Pommerat à de nombreuses reprises à partir de 1996, jusqu’à l’audition pour Cendrillon en 2011. J’ai été prise pour les rôles de la fée et de la grande sœur. Le spectacle a tourné pendant 6 ans, partout dans le monde, avec environ 500 représentations. C’était un cadeau en tant que comédienne, et un grand honneur de travailler avec Joël Pommerat.

  • La saison dernière, nous avions redécouvert Take Care au Théâtre de la Vie.

Oui, Take Care est un projet que j’ai monté en parallèle de Cendrillon. Il a été créé en 2016 au Théâtre de la Vie à Bruxelles et repris effectivement en 2019 après avoir tourné en France. J’ai écrit le texte sur le thème du soin que l’on prend des uns et des autres, à partir des improvisations des acteurs.

  • Comment le travail d’actrice et celui de metteur en scène se nourrissent-ils ?

Les deux sont pour moi indissociables, je ne pourrais pas me passer d’une des deux disciplines. Ce qui me passionne, c’est le travail de l’acteur, dans le jeu comme dans l’accompagnement. En tant que metteur en scène, j’ai des intuitions, mais je n’ai pas de formation spécifique. C’est mon travail d’actrice qui l’a nourri. J’ai par contre beaucoup plus de bagages en direction d’acteur. En termes de planning, ça se tuile par période. Des périodes où je joue, et des périodes où je mets en place des sessions de travail avec des acteurs. Puis je visionne ses sessions, j’écris, je construis… Je pars du travail de l’acteur, d’improvisations principalement, faites à partir de thèmes, d’exercices ou d’outils.

  • Vous êtes chargée de cours au Cours Florent à Bruxelles. Ce travail de direction d‘acteur est-il différent avec des professionnels et des élèves ?

Finalement ce n’est pas si différent que ça. Les élèves n’ont évidemment pas encore une grammaire de mon travail. J’ai par exemple, pour mon prochain projet, embauché cinq jeunes acteurs, rencontrés lors d’un stage en septembre dernier. Ils ont un bagage plus gros que mes élèves florentins, mais ils n’ont pas connaissance de mon langage en tant que metteur en scène. Donc dans tous les cas cette nécessaire transmission doit se faire : une sorte de balisage de terrain.

Là où c’est différent, c’est que des acteurs déjà professionnels ont plus conscience de l’importance d’un tout : le corps, la concentration, la gestuelle, les silences, le rythme, l’énergie, etc. C’est ça que j’essaie de transmettre à mes élèves.

  • Vous êtes professeurs d’une classe de Deuxième année du soir (19h30-22h30). Quelles sont les particularités du travail avec cette classe ?

Il y a une forme d’hétérogénéité dans les profils. Cela peut être sous certains aspects handicapants, parce qu’ils ont des cultures, des expériences et des bagages très différents. Mais c’est ce qui en fait une richesse également : des horizons multiples, parfois une vie professionnelle très riche et donc une conscience et une maturité face au travail, et tout simplement une expérience de vie qui va venir nourrir leurs personnages.

  • Vous travaillez actuellement sur l’échéance Parcours d’un Rôle. Pouvez-vous en décrire les étapes ? 

Nous avons commencé le travail dès début janvier. J’organise les cours de manière à avoir toujours un temps de travail collectif – comme des jeux, des exercices… On y aiguise nos outils. On recherche un équilibre entre l’écoute et l’action. L’écoute doit être active, prête à saisir quelque chose, et l’action doit être pertinente. Les exercices servent aussi les notions d’individu et de groupe : comment je m’inscris moi au sein d’un groupe et au sein d’un récit.

Pour Parcours d’un rôle, les élèves doivent « traverser » un personnage, au travers des extraits composés d’une pièce. Ces outils vont donc leur servir à construire leur personnage : les gestes, les actions quotidiennes, les habitudes, l’adresse, les motifs récurrents… Il s’agit de trouver les passages entre soi et lui. 

Ce qui me semble important, c’est d’avoir une compréhension intuitive ET éprouvée du personnage : 

  • En quoi il fait écho à ce que je suis ?
  • Comment je peux le rapprocher de moi ?
  • Comment faire en sorte que ce ne soit pas juste une idée d’un rôle, mais que je le prenne bien en charge ?

On travaille ensuite en deuxième partie de cours sur les scènes. Les textes doivent être appris très vite.

  • Cette saison vous allez diriger plusieurs stages de Théâtre intensifs à l’école, qu’attendez-vous de vos futurs stagiaires ?

Il y a quelque chose à dévoiler de soi en tant qu’acteur : il faut un peu se mouiller, y mettre des tripes ! L’imaginaire est aussi primordial. Un acteur ne peut fonctionner sans : c’est ce qui permet d’inventer, d’être au présent, de créer un espace, de donner du sens, de faire croire… C’est capital. Et bien-sûr : du travail ! Il faut entendre, travailler, assimiler.

  • Quels sont vos projets en dehors du Cours Florent pour les saisons à venir ?

J’ai un projet de spectacle pour Janvier 2022. Il n’y a pas encore de titre. Il y aura 11 acteurs. Je ne fais effectivement pas de spectacle pratique à tourner… Mais j’adore travailler avec beaucoup d’acteurs sur le plateau ! Ce sera une fiction post-apocalyptique : comment se reconstruire après la fin du monde, quelles sont nos ressources en tant qu’humain dans l’après, à quoi tient la survie… 

Merci à Noémie Carcaud pour le temps consacré à cet entretien.

Et bon travail à ses élèves !