Témoignage
Joffrey Roggeman
J’ai toujours eu le sentiment que l’on n’est jamais aussi sincère et honnête avec soi-même que sur un plateau.
Campus
Bruxelles
Promo
2026
Professeur
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Joffrey Roggeman, je suis comédien, metteur en scène et pédagogue au Cours Florent Bruxelles.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire le métier d’acteur et de metteur en scène ?
Le moteur a avant tout été un besoin vital de m’exprimer à travers les mots magnifiques d’auteurs et autrices. Le besoin de me faire entendre, de me sentir vivant. J’ai toujours eu le sentiment que l’on n’est jamais aussi sincère et honnête avec soi-même que sur un plateau. Il y avait aussi cette pensée peut être naïve, mais essentielle pour moi : croire que, grâce à notre métier, nous pouvons être maîtres de la parole et, à notre échelle, faire une différence dans ce monde.
Quels sont vos projets actuels ?
Nous sommes actuellement en tournée avec la pièce Sœurs de Pascal Rambert, que je mets en scène. Je suis également en répétitions pour ma prochaine mise en scène, Dans la mesure de l’impossible de Tiago Rodrigues, dont la première aura lieu en juin 2026 au Luxembourg. Comme chaque année, j’accompagne aussi de jeunes comédiens et comédiennes dans leur préparation aux concours des écoles nationales de théâtre.
Y a-t-il un spectacle qui t’a marqué ces dernières années ?
Le premier spectacle qui me vient immédiatement à l’esprit est Bovary, de Carme Portaceli et Michael De Cock, vu au KVS. C’est une adaptation magnifique du roman de Flaubert, Madame Bovary. J’ai été profondément marqué par la modernité du propos et par l’écho saisissant que le texte trouve avec notre époque. Flaubert voulait écrire un livre sur rien, et il a finalement écrit un livre sur tout. La simplicité de la mise en scène, qui place l’acteur et l’actrice au premier plan, m’a rappelé pourquoi j’aime les textes !
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’enseigner, de transmettre votre pratique ?
Être pédagogue demande une grande générosité. Cela nous oblige à nous renouveler, à nous remettre en question, à rester attentifs à ce qui se passe ici et maintenant. La pédagogie est aussi une manière de ne pas se placer au centre. Le métier d’acteur/actrice, peut très vite mener à une forme d’égocentrisme : Qui suis-je ? Suis-je aimé ? Suis-je légitime ? Que veut-je jouer, et avec qui ? Ce sont des questions que nous connaissons tous, et elles ne sont pas forcément négatives. Mais enseigner oblige à se recentrer sur les autres. Ce qui devient essentiel, ce ne sont plus vos expériences, mais les histoires de chacun et chacune : leurs choix, ce qui les anime, ce qu’ils souhaitent défendre. J’avais ce besoin de me placer ailleurs, me redécouvrir artistiquement autrement. J’ai une immense admiration pour celles et ceux qui décident aujourd’hui de faire de l’art. C’est un choix courageux, mais important. Je suis très heureux de pouvoir accompagner les élèves dans leur quête.
Vous enseignez cette saison aux élèves de première et deuxième année en cursus de formation. Quelles sont les qualités essentielles que vous souhaitez voir développer pour l’une et l’autre année ?
La première année est celle de la découverte du métier, mais surtout le début d’une recherche honnête de soi-même. Il s’agit de poser des bases solides, une fondation sur laquelle les élèves pourront construire tout au long de leur formation. Qu’est-ce qu’un texte ? Une voix ? Un corps ? Nous les accompagnons beaucoup et je leur demande avant tout d’être curieux.
En deuxième année, les élèves arrivent avec une boîte à outils déjà bien remplie. C’est l’année où ils apprennent à s’en servir pleinement. L’année de l’autonomie et de l’incarnation. Ils comprennent alors qu’ils ne sont jamais aussi intéressants sur le plateau que lorsqu’ils sont eux-mêmes : honnêtes, engagés, jouant avec le cœur. C’est une année où je cherche à les pousser, à les accompagner dans leurs retranchements, à leur proposer d’aller là où ils n’iraient peut-être pas seuls.
Comme le disait Patrice Chéreau : « Diriger les acteurs ne veut pas dire les utiliser, mais provoquer en eux la naissance de quelque chose, les modifier, faire que l’émotion du spectacle passe par eux […] si le travail avec les comédiens ne va pas en profondeur, il ne se passera rien sur le plateau. »
Quels conseils donneriez-vous à un élève qui doute de son avenir dans ce métier ?
Tant mieux si tu doutes. Le doute est normal, et même essentiel. Il n’existe aucune vérité absolue au théâtre : nous pratiquons un art éphémère. Douter, c’est souvent la preuve que cela compte vraiment pour vous. Personne au monde ne peut décider à votre place si vous ferez ce métier ou non. Bien souvent, vous êtes les seuls à pouvoir répondre à cette question.
Vous êtes également référent pédagogique au Cours Florent Jeunesse. Comment adaptez-vous vos outils à un public d’ados ?
L’adaptation n’est finalement pas si grande. La base, la technique, restent essentielles et identiques. La différence se situe surtout dans le vocabulaire et dans le choix des textes. Nous essayons d’apporter des matières issues de leur quotidien, des situations et des écritures qui leur parlent directement. Il ne s’agit pas nécessairement de leur apprendre immédiatement un métier, mais de leur offrir un espace pour s’épanouir et s’exprimer grâce au théâtre. Nous vivons à une époque où il est crucial de réapprendre à se regarder, à se parler, à retrouver une humanité réelle, loin des écrans et des réseaux sociaux. Je crois sincèrement que, parfois inconsciemment, ils viennent aussi chercher cela.
Vous encadrez également des formations du Cours Florent Executive. À qui cela s’adresse-t-il concrètement ?
Les missions du Cours Florent Executive sont centrées sur la formation aux techniques de prise de parole en public. Il s’agit d’apprendre à placer sa voix, à utiliser son corps avec justesse, mais aussi à construire un discours et un argumentaire solides afin de se faire entendre. Ces formations s’adressent principalement aux entreprises, aux responsables politiques et, plus largement, à toute personne amenée à prendre la parole en public.
Dans ce cadre, je travaille également depuis trois ans avec des enseignants des lycées français d’Europe. J’interviens plus particulièrement auprès des professeur⸱e⸱s de français qui assurent l’option théâtre au lycée. La formation est alors davantage orientée vers des approches pédagogiques, avec l’objectif de leur transmettre des outils concrets et directement utilisables dans leur pratique quotidienne.
C’est un véritable bonheur de rencontrer des enseignants venus de toute l’Europe et d’échanger avec eux sur les différentes manières de faire vivre le théâtre auprès des élèves des lycées français, en nourrissant à la fois la transmission artistique et le plaisir de l’enseignement.
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