Portrait de Dimitri Lepage, élève du Cours Florent Bruxelles
Portrait

Dimtri
Lepage

Découvrez l’interview de Dimitri, ancien élève au Cours Florent Bruxelles.

Campus Bruxelles
Année 2018
ancien

"En fait, devenir comédien a toujours été un rêve pour moi (...)"

  • Peux-tu nous décrire ton parcours avant d’intégrer le Cours Florent ? 

Comme beaucoup de gens, vers 18 ans est venu le moment où on m’a dit qu’il était temps décider quel métier je voulais faire, de me choisir des études supérieures en fonction et hop hop hop. Sauf que, et j’en parle dans mon spectacle « Des chèvres en Corrèze », c’est aussi un âge où nombre d’entre nous sont complètement largués et non pas la plus petite idée de qui ils sont réellement au fond. Donc puisqu’il fallait bien choisir quelque chose, j’ai fait un an de communication & journalisme à l’université de Liège. Je ne m’y sentais pas du tout à ma place. Du coup je suis parti un an en voyage en Asie pour réfléchir un peu à tout ça (un autre grand classique) puis revenir et reprendre des cours de communication (à la HEPL cette fois)… la boucle était bouclée ! Sauf que dans un petit coin de ma tête, je savais maintenant que je faisais ces études pour avoir un diplôme de secours avant de réellement tenter ma chance dans le théâtre. Or après deux ans dans cette école, vécus comme deux ans dans un pénitencier, j’étais devenu malheureux comme une pierre (tombale) et j’ai compris que ça ne servait à rien de faire semblant que je voulais réellement ce « diplôme plan B ». 

  • Quand et pourquoi as-tu pris la décision de te former au jeu d’acteur ? Y a-t-il eu des expériences décisives ? 

C’est du coup la suite logique de la question d’avant. Je n’étais pas heureux et c’était devenu aussi très clair pour mes parents qui ont fini par m’encourager à m’inscrire au stage d’accès. En fait, devenir comédien a toujours été un rêve pour moi (à huit ans quand on me posait la question je répondais déjà ça) mais en grandissant on se dit (on se laisse dire) que c’est pas un vrai métier, que c’est pas très sûr, qu’il vaut mieux choisir quelque chose de plus stable qui permet de bien gagner sa vie,… Mais plus je vieillissais moins ces arguments avaient de sens : à quoi bon un bon salaire et une position stable si on est triste et déprimé ?

Je n’avais jamais arrêté de faire du théâtre « à côté » (notamment avec deux amis de toujours dont un faisait partie de la même promo que moi, Jérôme Jacob-Paquay),  mais là je savais que le moment était venu de me donner une chance et d’en faire quelque chose de plus central.

  • Sur quelles œuvres as-tu travaillé pendant tes trois années du Cursus de Formation ? En retiens-tu certaines en particulier ?

Des tas et des tas ! C’est un des trucs les plus cool au Cours Florent, la palette de ce qu’on explore est vraiment large, j’y ai découvert un grand nombre d’auteurs.

Si je devais revenir sur quelques-uns y aurait : 

Molière (j’ai joué plusieurs pièces de Molière depuis la sortie). Et par hasard il s’est trouvé que le personnage de Lubin dans George Dandin qui était presque l’avant-première puisque c’est ce que j’ai travaillé au stage d’accès est également un des premiers rôles que j’ai joué dans mon parcours professionnel par la suite. Y aussi les Fourberies de Scapin, travaillé en classe et puis joué par après dans le monde professionnel.

Cyrano de Bergerac : je connaissais déjà le personnage mais c’est au Cours Florent  que j’ai vraiment rencontré l’œuvre qui est depuis un moteur pour moi, tellement elle m’a marqué. Aujourd’hui d’ailleurs je joue une version revisitée du personnage de Cyrano dans la pièce Six Amours.

Gilbert sur Scène l’autre très grande et importante découverte durant mon parcours. J’ai eu la chance de travailler un petit passage lors de l’échéance monologue en deuxième année avec Sarah Siré, et depuis cette pièce belge ne m’a plus quitté non plus et fait toujours partie de mes inspirations. J’ai même pu rencontrer son auteur il y a quelques temps…

Et puis tout le travail de Denis Kelly, Adn et surtout Orphelins qui sont des œuvres fortes qui m’ont aussi suivi après ma sortie.

Et puis Tchekhov, de Musset, Shakespeare, Hugo,…  sur lesquels on a beaucoup travaillé.

Enfin bref, je pourrais en citer pendant des heures.

  • Y a-t-il une réplique dont tu te souviens encore, et pourquoi ?

Je vais essayer de faire court parce que de nouveau, y en a vraiment tout plein ! Je connais toujours par cœur la tirade du « Non merci » de Cyrano, et des bouts de Tchekhov, Shakespeare,… Quand quelqu’un me dit « Bon appétit » je peux rarement résister à la tentation de répondre « …Messieurs ! Ô ministres intègres, conseillers vertueux qui pillez la maison,… ».

Mais une qui est particulièrement gravée dans ma mémoire : « Sous quel astre, bon Dieu, faut-il que je sois né, Pour être de fâcheux toujours assassiné ! Il semble que partout le sort me les adresse,

Et j’en vois, chaque jour, quelque nouvelle espèce. ». Hormis le stage d’accès, c’est la toute première réplique que j’aie prononcé au Cours Florent puisque Damien nous l’avait faite répéter pendant un échauffement au tout, tout début de la première année. Elle s’est gravée au fer rouge dans ma petite cervelle et n’en a plus bougé depuis.

  • En fin de Troisième année, vous avez la possibilité de monter un TFE. Était-ce ton cas ? et/ou as-tu joué dans des TFE de tes partenaires de Promotion ? Que peux-tu nous dire de ces projets ?

Oui ! Ou en tout cas j’ai essayé. Ma proposition a été recalée à la dernière étape de sélection. J’y abordais le triste dessin des premières nations américaines avec l’angle de l’humour noir. Avec le recul, je suis content que le projet ne soit pas allé jusqu’au bout. Je n’avais peut-être pas à l’époque la maturité et les épaules suffisantes pour traiter le sujet avec la justesse qu’il mérite. Depuis j’ai vu une pièce « Appellation sauvage contrôlée » (si elle repasse quelque part courrez-y) qui aborde cette question avec infiniment plus de sensibilité et d’intelligence que j’aurais pu le faire à l’époque.

Mais en tant que comédien j’ai pu participer aux projets des copains, celui de Nicolas Godart notamment. C’était vraiment chouette, une période d’effervescence. Certains TFE ont d’ailleurs continué (ou même continuent) à avoir une vie après la sortie de l’école.

  • Tu fais partie de la Promotion III du CF Bruxelles, sortie en juin 2018. Quels souvenirs gardes-tu de cette période ? Comment t’es-tu lancé dans le milieu ?

C’était une période assez stressante. 

Ça l'est pour beaucoup de monde honnêtement ; l’école c'est comme un cocon, on nous dit quoi jouer ou ont peur choisir les rôles qu'on veut, on est tout le temps sur scène, tout va très bien. Et puis on se retrouve dehors et là… forcément on ne jouera plus toujours ce qu'on veut, faut passer des castings, rencontrer des metteurs en scène, écrire et construire un spectacle,... 

Mais avec le temps, si on s’accroche, les choses finissent par se mettre en place petit à petit et une pièce en amène une autre,… Évidemment notre promo et les deux suivantes n’ont pas eu beaucoup de chance puisqu’au moment où les choses commençaient justement à se mettre en place, y a eu le Covid qui ressemblait quand même méchamment à un retour à la case départ. Et ça a provoqué de sérieuses remises en question chez beaucoup de gens.

C’est pour ça que le plus important pour moi c’est de se construire une famille au sein de l’école (et pas seulement d’ailleurs) et profiter de cette période dans le cocon pour ça. Parce qu’avoir un groupe soudé c’est vital à mon avis : pouvoir compter sur des gens, s’entraider, mélanger les énergies, se pousser et se soutenir les uns les autres, multiplier les rencontres. C’est vraiment ça qui permet de garder le cap dans les moments de doute et de creux de la vague (parce qu’il y a toujours forcément des moments de doute et de creux de la vague, Covid ou pas covid).

À l’époque j’avais commencé à écrire une série avec une petite équipe qui s‘était formée au Cours Florent, et même si ce chantier en particulier n’a pas abouti, ça nous a vraiment permis d’apprendre beaucoup de choses, de rencontrer des tas de gens, … Parce que ce n’est pas toujours le résultat et la destination qui compte mais aussi et surtout le chemin, toussa toussa.  Sans oublier le super spectacle « Les Enivres » mené par Vincent de Launoit et mis en scène par Sarah Siré qui avaient permis à l’époque de traverser la tempête covid et de resserrer les liens entre plein de gens des quatre premières promos du CF Bruxelles.

Et du coup c’est forts de ces expériences vécues ensemble qu’on continue à créer d’autres plus tard. Par exemple, je travaille notamment sur différentes choses chez Tachycardia, la toute nouvelle boite de production lancée par David Levy (rencontré au Cours Florent) notamment avec Nicolas Godart, aussi de la promo III. C’est Jérôme Jacob-Paquay de cette promo qui met en scène mon spectacle, et lui-même travaille encore avec Chloé Delhaye, je travaille régulièrement avec Louise-Marie Hubert,… Bref ! Vous avez compris l’idée. De nouveau je pourrais continuer longtemps à citer toutes les supers personnes et artistes rencontrées via l’école et qui aujourd’hui font encore partie de ma vie personnelle et professionnelle.

  • Tu es pas mal sur scène cette saison ! Et tu rejoues notamment « Des chèvres en Corrèze » le 8 Mars prochain, projet mis en scène par Jérôme Jacob-Paquay, un autre élève de ta Promo ? Quelle est la genèse du projet, quels en ont été les étapes de création ?

L’idée est apparue à la toute base au moment des TFE justement. Inspirée par un film, la pièce Gilbert sur Scène dont je parlais avant et puis des expériences personnelles. J’avais couché quelques lignes, j’en avais un peu parlé à FX mais j’avais abandonné et était parti sur une autre voie. Je l’ai laissée macérer pendant quelques années, elle a mûri lentement.

Puis juste après « Les Enivrés », où j’ai passé beaucoup de temps avec des gens inspirants à parler de choses « profondes », j’ai senti que ma jauge d’inspiration était au max. C’est plus ou moins à la même période que j’avais vu Edmond au théâtre et le film Soul, deux œuvres importantes qui parlent de création et du sens qu’on donne a sa vie. En quelques jours j’ai écrit ce texte qui murissait depuis un moment dans ma tête. Puis ça a été un an de relectures, de bons conseils donnés par des personnes de confiance. 

J’ai finalement proposé à Jérôme Jacob-Paquay de mettre en scène la pièce (il venait de faire sa première expérience de réalisateur sur La Relève, un court métrage dans lequel je jouais, et je me suis senti tellement bien sous sa direction bienveillante que ça a été une évidence) et on est partis. Ça a encore été quelques mois de création scénique et de répètes puis on a présenté la pièce la première fois en mai dernier au CC Verviers. Puis là on la rejoue en mars au CC Theux (deux centres culturels qui ont beaucoup soutenu depuis le début) et la pièce sera prête à prendre son envol puisqu’on l’emmène (entre autres) à l’Episcène pour le Avignon OFF 2023 !

  • As-tu d’autres projets en cours ? 

Oui ! Je faisais partie de la production d’Onegin à La Monnaie, qui se termine (je ne chantais pas mais je dansais).

Ensuite comme je le disais y a des choses à venir du côté de chez Tachycardia, mais je ne peux pas trop en parler pour l’instant. Affaires à suivre !

Puis j’ai rejoint depuis un peu moins d’un an la Cie JSTP, une troupe de Paris avec de super comédiennes et comédiens (dont plusieurs viennent du CF Paris d’ailleurs) et on travaille sur une très belle pièce, Six Amours, qui sera aussi à Avignon cet été.

En avril je reprends avec une autre compagnie Les Fourberies de Scapin dans un festival scolaire de la région liégeoise.

Parallèlement je continue à essayer de me faire une petite place dans le monde du doublage, un rêve de gosse pour moi ! Et puis tout un tas d’autres choses que je pourrais annoncer bientôt (dont certaines concernent le cours Florent notamment).

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