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Gérard Moulévrier, directeur de casting au Cours Florent à Bruxelles

Le Cours Florent à Bruxelles est en lien permanent avec les professionnels belges, mais aussi les professionnels parisiens. A ce titre, nous avons eu le plaisir d’accueillir à nouveau sur le campus Gérard Moulévrier.

Le directeur de casting, comédien et auteur, originaire des Deux-Sèvres, a aujourd’hui plusieurs centaines de films à son actif ! Il est en première ligne du cinéma populaire français, avec des films tels que Les Trois Frères des Inconnus, Pédale Douce de Gabriel Aghion, Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon, Camping de Fabien Onteniente… Il a également dirigé le casting de L’insoutenable légèreté de l’être de Philip Kauffman, de Germinal de Claude Berri, de Sagan de Diane Kurys, du film Le Scaphandre et le papillon de Julien Schnabel

Un petit groupe d’élèves de troisième année de la Formation d'acteur  a eu l’occasion les Vendredi 8 et Samedi 9 Juin de participer à un Training Casting dirigé par Gérard Moulévrier : un travail intéressant de jeu et d’intention face caméra en condition de casting pour préparer la sortie de nos élèves après trois ans de formation. Parce que même dans le cursus Acteur Théâtre, l’audiovisuelle a sa place pendant les trois années, au travers de Cartes Blanches, autoportraits vidéos, Stages cinéma, Training Casting… Les stages de Cinéma d’été démarrent d’ailleurs dans quelques jours : ils sont ouverts à toutes et tous, pour découvrir le jeu et tester son image face caméra, pour intégrer, ou non, la formation de l’Acteur… 

Gérard Moulévrier nous a accordé une interview : il nous parle de son parcours, des rencontres cruciales qui l’ont engagé dans cette carrière, et de ce qui anime son métier. Un immense merci à lui pour le temps accordé, et au bureau casting de Paris.

  • Gérard, vous avez commencé dans le milieu du spectacle en tant que comédien. Qui ou quoi vous a initialement donné le désir de jouer ?

Il y avait dans ma famille des personnes qui faisaient du théâtre amateur, donc j’étais plongé dans les métiers du spectacle très jeune. Comme beaucoup de jeunes gens, je voulais être acteur. Et c’est en voyant le film West Side Story que j’ai eu envie de faire du cinéma. J’adore danser et chanter ! 

Je ne savais pas réellement comment commencer, mais je savais qu’il fallait passer par des cours. Je suis arrivé à Paris, j’ai pris des cours chez Jean-Laurent Cochet. Ça n’avançait pas tellement, ou disons que je n’étais pas très patient !

  • Comment êtes-vous parvenu à votre métier de directeur de casting, et surtout à ces 37 ans de carrière ?

J’ai joué, au théâtre, au cinéma. J’ai fait plein de petits jobs aussi. En 1982, en faisant de la figuration, j’ai rencontré la personne qui s’occupait du casting du film : Nicole-Agnès Cottet. Quelqu’un de très sympa, je me suis intéressé à son métier et elle m’a proposé d’être son assistant l’année suivante sur son prochain projet de film.

J’ai aussi été assistant de Margot Capelier en 1985. C’est elle qui a inventé ce métier ! Ça a été un nouveau départ !

Pendant 2 ou 3 ans je me suis occupé comme ça de trouver ses figurants, jusqu’en 1985 où j’ai été contacté par Gérard Lanvin, rencontré sur un tournage, qui m’a proposé de travailler sur son film*1. D’autres m’ont contacté, j’ai commencé comme ça, à faire ce métier en mon nom.

J’ai rencontré Bertrand Blier en 1989, Claude Berri en 1990 ; ce sont deux réalisateurs avec qui j’ai travaillé toute ma carrière.

  • Quelles sont les étapes de travail d’un projet de casting ?

La production d’un film ou le metteur en scène m’envoie un scénario. Je le lis, je rencontre l’équipe, on discute. Je propose les noms auxquels j’ai pensé pour les rôles principaux. Le casting de second rôle se fait un peu plus tard. On voit si on est sur la même longueur d’ondes, on rectifie le tir s’il le faut. 

Une fois qu’on s’est mis d’accord, si les rôles sont proposés à des acteurs ou actrices connu.e.s, on leur envoie directement le scénario. Sinon, si ce sont des jeunes, on fait passer des essais, pour lesquels je suis parfois amené à donner la réplique.

En termes de timing, il faut plusieurs semaines. Avec Claude Berri, un des plus grands producteurs français de l’époque, qui avait du budget, et donc du temps, on pouvait travailler 3 ou 4 mois sur ses films. Aujourd’hui, c’est autour de 4 semaines, mais je gère plusieurs projets en même temps.

Le premier enjeu, c’est de mettre tout le monde d’accord ! Je travaille actuellement sur une série, pour laquelle il y a deux productrices, plus deux autres productrices de la chaîne TF1, et un réalisateur. Cinq personnes qui doivent se mettre d’accord ! C’est le lieu de beaucoup de discussions.

Ensuite, il y a l’enjeu économique.

  • Un casting se construit-il à l’aveugle ? Ou vous donne-t-ton des directives sur les profils à chercher et proposer ?

Je demande en général à n’avoir aucune information à la lecture du scénario ! Si on me donne un nom : Tiens, on pensait à untel pour le premier rôle… , je vais lire le scénario avec cet acteur en tête, et cela fausse mon travail. Il n’y a plus de place pour l’imagination, ce n’est plus du tout amusant !

Par exemple, sur Pédale Douce*2, qui est un énorme succès - près de 5 millions d’entrée à sa sortie- l’équipe était partie pour le rôle d’Adrien, qui est homosexuel, sur un profil efféminé. Ça ne fonctionnait pas, ils ne trouvaient pas. Seule Fanny Ardant était déjà engagée sur le film. On a discuté, je leur ai expliqué qu’il fallait proposer un acteur qu’on n’associe par forcément à l’homosexualité, mais qui aura suffisamment d’empathie pour qu’on s’y identifie. J’ai proposé Patrick Timsit, qui venait de faire deux gros succès au cinéma. Je me suis d’abord fait engueuler ! Mais ensuite l’idée a fait son chemin et ça a parfaitement collé !

Après parfois on se plante ! Ou on a en tête quelqu’un qui tout simplement refuse le rôle…

Il m’est arrivé aussi de proposer des comédiens de théâtre, inconnus au cinéma, ou des acteurs comiques dans des rôles plus dramatiques, comme Bruno Solo dans le rôle de Mendès France, qui a été formidable ! 

Il a fallu aussi tenir tête à des producteurs ou réalisateurs à certains moments !

  • Selon vous, qu’est-ce qu’un casting réussi ?

Quand je travaille sur un film, je n’assiste pas au tournage, je ne vois pas les rushes. Je vois uniquement le film une fois sorti, comme tout le monde, au cinéma. Un casting est réussi pour moi lorsqu’en le voyant je le ressens comme j’ai lu le scénario.

On associe l’idée du casting au cinéma, est-ce que cela existe pour le théâtre ?

Oui bien sûr. J’ai travaillé entre autres sur des pièces de Jérôme Deschamps ou Alfredo Arias. J’ai moi-même écrit des pièces que j’ai mis en scène.  De choisir les acteurs pour les autres c’est bien, mais de les choisir pour soi c’est encore mieux ! Être présent aux répétitions, de voir l’évolution des gens, c’est quelque chose de formidable.

A une époque, un acteur de théâtre ne jouait pas au cinéma. Aujourd’hui, ils passent de l’un à l’autre. La technique de jeu n’est pourtant pas la même. Par exemple, au théâtre, il faut donner de la voix, il faut la projeter, au cinéma il ne faut rien faire ! Les micros sont à trois centimètres de soi !

  • Pourquoi venir entraîner de jeunes comédiens dans les écoles comme vous le faite ici pendant deux jours ?

J’ai commencé avec l’ENSATT [Ecole Nationale Supérieure d'Arts et Techniques du Théâtre] à Lyon il y a une dizaine d’année. Les élèves étaient un peu au cloître ! Ils faisaient tout : danse, théâtre, mise en scène… Mais ils ne sortaient pas de l’école, en quelque sorte. Donc moi, venant de Paris, c’était une ouverture !

J’ai fait quelques formations pour l’AFDAS en France, et trois années en Suisse pour une école privée. Et j’ai commencé à venir rencontrer les étudiants du Cours Florent.

Tout ça est une question d’éthique, aujourd’hui cela arrive que des acteurs ou actrices doivent payer pour passer des castings. Ce n’est pas normal ! Intégrer un atelier casting dans le cursus d’une école, je trouve ça très intéressant. Ce sont des rencontres importantes dans ce métier ! Ça me permet d’ailleurs à moi aussi de rencontrer de jeunes comédiens et comédiennes.

  • Allez-vous beaucoup au théâtre et au cinéma ?

Je vais au théâtre presque tous les soirs ! C’est hyper important. Tu découvres des gens auxquels tu n’aurais pas pensé. Et je suis sûr que je rate tellement de choses aussi. J’ai même tendance à choisir des gens du théâtre pour le cinéma, cela permet d’accueillir sur un écran des personnes nouvelles.

Je vois aussi quatre films par week-end…

  • Vous avez déjà travaillé sur des coproductions franco-belges ?

Oui ! C’est un peu différent, ce n’est pas tout à fait la même approche.

J’ai rencontré beaucoup d’acteurs belges. J’ai travaillé entre autres avec Gérard Corbiau. Il y a une fraternité franco-belge, donc je travaille aussi en collaboration avec mes homologues ici. Sur le dernier film de Bertrand Blier, j’ai travaillé avec Patrick Hella par exemple.

 

A lire : L’homme qui fait briller les étoiles de Gérard Moulévrier et Jean-Philippe Zappa, préface de Michèle Laroque, aux Editions Plon

 

  • *1 : Moi Vouloir Toi de Patrick Dewolf, avec Gérard Lanvin, Bernard Giraudeau, Clémentine Célarié, Daniel Russo… 
  • *2 : Pédale Douce de Gabriel Aghin, avec Patrick Timsit, Fanny Ardant, Michèle Laroque, Richard Berry, Jacques Gamblin, Christian Bujeu