Portrait

Pierre de Brauer

Portrait de Pierre de Brauer
CAMPUS
Bruxelles
ANNÉE
2021
PROFIL
professeur

« Pour moi la bonne manière d'aborder la discipline c'est aussi de ne pas s'y enfermer. »

  • Tu as fait de l’improvisation en France, en Belgique, en Suisse, au Québec… As-tu perçu des différences dans la manière d’aborder l’improvisation lors de tes voyages ?

Je suis connu pour être un vadrouilleur de l'impro. J’ai toujours ma tenue à portée de main même quand je ne joue pas. Ça m’est arrivé souvent de remplacer un comédien à la dernière minute. J'ai vraiment envie de continuer à me remettre en question en allant voir les grands festivals, en allant jouer dans des grands événements en France, Suisse, et à l'international. C’est l’occasion de jouer dans des langues que je ne maitrise pas. Mais je connais bon nombre de comédiens qui sont bien plus vadrouilleurs que moi.

J'ai encore tellement à découvrir. 

Au Québec, l’improvisation c'est une institution. Les enfants commencent tout petit. Ils jouent dans les cantines d'écoles, font des tournois qui durent plusieurs jours, de 10h du matin à minuit. Ils adorent les matchs. Ils investissent tous les espaces. La réalité est que très peu d’improvisateurs arrivent à en vivre, c'est très dur d'en faire son unique métier.   J'ai remarqué plusieurs choses là-bas. On retrouve souvent des canevas de jeu, des codes de jeu. Les improvisateurs ont souvent un lieu dont ils bougent rarement. Enfin, il me semble qu’ils travaillent davantage les relations entre les personnages. 

En Belgique on insiste sur l'absurde, le décalage, le surréalisme... En Suisse, le jeu est peut-être plus incarné... Il y a de tout dans tous les pays. L'idéal est d’être ouvert d'esprit, de faire des formations toute sa vie, de voyager, d’apprendre de chaque rencontre, de toujours chercher à  progresser, de s'aventurer dans de nouveaux défis sans chercher le résultat immédiat. 

Pour moi la bonne manière d'aborder la discipline c'est aussi de ne pas s'y enfermer. On dit que l’improvisation demande beaucoup  d’imagination, de créativité et de « lâcher prise »…

Ce sont, pour moi, des idées reçues. Il ne s’agit pas d'imagination, de créativité, mais de ne pas chercher à sortir du cadre. Etre original, chercher à plaire, ou vouloir faire rire ne doit pas être un but. Il faut être capable de dire la première chose qui vous vient à l'esprit, de la manière la plus simple possible, voire même  banale. L'important c'est d'être attentif aux partenaires de jeu, de mettre son égo de côté, de rester humble, généreux, de ne pas chercher à briller mais de chercher à faire briller les autres.

Improviser nécessite écoute, ouverture et spontanéité.

  • Tu as donné cours ces 12 dernières années à des milliers d’élèves de tous âges. Comment l’enseignement s’est inscrit et s’inscrit-il aujourd’hui dans ton parcours artistique ?

Pour acquérir solidement une discipline, il faut trouver un équilibre entre pratique et la transmission. Transmettre m'oblige à me renouveler, à mieux comprendre, à lire, à me cultiver, à rester éveillé.  J'étais catastrophique à mes débuts. En pratiquant beaucoup, comme dans toute discipline, on finit par prendre confiance, à par s’améliorer.

Au Cours Florent Bruxelles, l’Improvisation est présente sous forme d’atelier facultatif pour toutes les années du Cursus. C’est d’ailleurs l’atelier le plus populaire !

  • Chaque année, chaque promotion est différente. De quelle manière adaptes-tu ou fais-tu évoluer ton programme ? Tu proposes par exemple cette année des week-ends complets d’impro… Qu’est-ce que cela change par rapport à un cours hebdomadaire ?

C'est en effet l'atelier le plus populaire, la discipline y est aussi pour beaucoup.  J'ai un canevas dont je ne sors pas mais avec certains groupes je vais bien plus loin. Ils font tous les mêmes exercices, mais certains les dépassent. 

Je remets constamment en question l'ordre des exercices, la façon de les présenter, ma façon d'enseigner. Ça progresse constamment, et d'année en année, je pars du principe que si le groupe est en échec, j'en suis responsable. Peut-être que je me suis trompé dans la façon de présenter le travail, que ce n'était pas le bon moment…

Les week-ends, me permettent de travailler des thèmes précis et plus en profondeur, de prendre le temps. C'est plus intensif, les promos sont mélangées. Ça a vraiment bien fonctionné cette année et j’aurai plaisir à recommencer.

  • Tu nous as fait l’immense plaisir de jouer ton spectacle « C’est quoi la vie » à l’école, en live streamé pour nos élèves en Cursus. Quel est la genèse de ce projet ? Comment se déroule ton spectacle ?

Au tout début, cela part d'une envie de jouer plus, de me faire peur, de relever des nouveaux défis. En match, on m'envoyait tout le temps faire les solos, c’est ce qui terrorise le plus en général. J'ai vécu des moments qui resteront gravés à vie dans ma mémoire. 

Je m'étais dit un peu innocemment que je pouvais reproduire cela sur un spectacle de plus d'une heure. En vérité, c'est très différent : avoir la même « réussite » sur un spectacle entier c’est challengeant. En gros, j'étais bon en sprint, maintenant je dois être bon en marathon ! 

J'ai commencé un premier spectacle, Patchwork, au Trac - un café-théâtre à Bruxelles. Un grand ami à moi, Laurent Dauvillé, m'a dit qu'il manquait une part de sincérité, que j'avais besoin de me poser. (J'étais très speed, car vraiment terrorisé) ! J'avais déjà fait appel à Laurent auparavant et il est devenu mon metteur en scène. 

L'idée : faire un spectacle sur la paternité est de lui, je venais d'être père, et ça a changé ma vie. Je suis un père hyper investi, qui joue constamment avec sa fille car j’en suis gaga. 

Le spectacle a encore évolué après ma présentation au Cours Florent. Il y a encore beaucoup de travail ! La trame : (le début, la fin et les intermèdes sont écrits) un décor de chambre d'enfant, dans lequel j'essaie à tout prix d'endormir ma fille qui se pose plein de questions. C’est un spectacle interactif : le public, avant le spectacle, pose les questions que pourrait poser un enfant à ses parents. Au Cours Florent, nous étions en live streaming, les spectateurs posaient leurs questions en live dans le chat, et le régisseur les projetait sur un écran sur scène.

  • Comment on écrit un spectacle d’impro ?

On cherche d'abord l'idée, le concept (même si je déteste ce mot). C'est souvent une catégorie de match qu'on joue sur une heure de spectacle. On a ce luxe-là, nous improvisateur, de pouvoir jouer souvent avant même d'avoir finalisé le spectacle. Au lieu de faire des répétitions, on le joue directement. J'exagère un peu le trait... On travaille souvent les entrées, sorties, déroulement, régie… Si on veut un spectacle abouti, il faut bien entendu faire des résidences. On se donne aussi pas mal de codes de jeu que le public ne verra pas. 

  • Quels sont tes projets ?

J'aimerais tourner un maximum avec mon solo et l'améliorer. J'ai très envie aussi d'en faire un spectacle écrit. A voir…

Avec les Taupes, l'équipe dont je fais partie, on joue régulièrement au Petit Chapeau Rond Rouge. On a notre spectacle, la Chose, nous partons d'un objet que nous découvrons avec le public qui va nous suivre durant plus d'une heure. On a aussi un long format : Play qui mélange impro et cinéma. Bien entendu j'aimerais qu'on joue plus de dates avec l'équipe !

J’ai d’autres spectacles d'impro : avec mon duo Greg Bauman, en catch d'impro. J'aimerais aussi faire des tournées dans les universités, les grands festivals. Je rêverais de faire Avignon un jour comme comédien, de faire des grandes salles...

Je poursuis également les tournages. J'ai fait une quarantaine de pubs et pas mal de courts -métrages. Je pense aussi à des formats plus conséquents, des moyens et longs métrages.

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