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L'échéance Construction et Muet au Cours Florent Bruxelles

Tout savoir sur l'échéance Construction et Muet au Cours Florent Bruxelles

Chaque année du cursus est ponctuée d’échéances, destinées à évaluer les progrès et les besoins de nos élèves en formation. La semaine dernière, ce sont les classes de première année, le promotion IX du Cours Florent Bruxelles, qui présentaient leur travail pour l’échéance CONSTUCTION et MUET.

Pour Julien Delbès, directeur pédagogique de première année, "les élèves de Première année doivent arriver à saisir avant tout un début d’autonomie et de singularité sur scène." Tous les outils qui vont enrichir leur parcours pendant les premiers mois de formation tendent vers cet objectif, et les élèves sont donc accompagnés par leur chargé.e de cours dans cette démarche : "c’est en fin de saison qu’ils feront une belle proposition, où ils auront normalement compris comment aborder une œuvre, un texte, une scène ; comment se l’approprier et en faire quelque chose de neuf et de personnel."

La compréhension des enjeux d’une œuvre est centrale dans le travail de l’acteur.trice et est justement abordé dans cette deuxième échéance de première année : "Construction est une échéance difficile, mais déterminante", poursuit Julien Delbès "si tu ne sais pas analyser et faire des recherches autour d’un texte – pourquoi il a été écrit, à quelle époque, dans quelles conditions ont eu lieu les représentations, etc – tu ne peux pas le jouer aujourd’hui. Cela fait partie de ce métier, et grâce à cette expérience, nos élèves en Première année peuvent aussi questionner leur propre désir d’y consacrer leur vie professionnelle, en tant que potentiel.le.s artistes."

Cette échéance est donc une forme de laboratoire : chercher, comprendre, réinventer. Les élèves ont dû s’approprier une scène, en dégager les enjeux, et la réinterpréter de manière tragique, puis comique, sans reprendre le texte, ni le paraphraser ! Situations, émotions, rythme, intentions, corps, mots étaient à transformer ou à inventer, sauf l’enjeu initial de l’œuvre.

Raphaëlle Bruneau et Joffrey Roggeman, professeurs en Première année, évoquent ce voyage avec leurs élèves. "Ce travail d’environ trois mois permet d’apprendre comment une scène est construite, comment la déconstruire, où est l’élément déclencheur, le moment de non-retour, les complications, comment retrouver l’équilibre... C’est en fait le premier "travail de table" proposé aux élèves pendant le Cursus", explique Joffrey Roggeman.

Une sélection d’auteurs et d’œuvres était proposée par la direction pédagogique aux professeurs pour cette échéance. Raphaëlle Bruneau évoque ses choix et les exercices proposés à sa classe : "J’ai choisi des textes de 4 auteurs contemporains différents, et imposé une distribution de groupe. Donc plusieurs scènes de chaque œuvre ont été travaillées, aussi pour questionner l’évolution de l’enjeu, non pas d’une scène, mais de la pièce dans son entièreté, et des rapports entre les personnages. » Chaque œuvre, chaque écriture et chaque groupe nécessitait des méthodes de travail différentes, « c’est vraiment un travail dramaturgique que je leur ai proposé d’envisager par la pratique, par des exercices sans parole, et des exercices d’improvisation, pour se défaire du texte et s’intéresser au corps, dans un premier temps."

La partie MUET de cette échéance vient appuyer le fait qu’un acteur peut jouer sans texte ; la prise de parole devenant par contraste un acte délibéré, avec du sens, au-delà même des mots. Vingt minutes de muet collectif ont donc été présentées par chaque classe en parallèle des scènes de CONSTRUCTION. 

Ce travail était inspiré de l’exposition présentée en fin d’année 2021 au Cinéma le Palace de Bruxelles, autour de Louis de Funès. "C’est important dans cet exercice que les élèves comprennent que les ressources sont aussi à l’extérieur. Il faut aller au Théâtre, au Cinéma, ça s’est évident, mais aussi voir des expositions ; il faut se nourrir de tout ce qu’il se passe autour de nous, et voyager autour du texte", explique Julien Delbès.

Joffrey Roggeman raconte cette étape de travail centrée sur le corps, le rythme et l’énergie : "Nous avons été voir tous ensemble l’exposition. Chaque élève a ensuite fait une proposition de 3 min sur ce que cela leur a inspiré, et parmi toute cette matière, quelques idées ont été retenues pour créer une proposition chorale. Je ne voulais en tous cas surtout pas d’imitation de Louis de Funès...

Raphaëlle Bruneau ajoute sur le lien entre CONSTRUCTION et MUET : "Pendant le travail de CONSTRUCTION, je ne cessai de répéter "là tu donnes trop d’explication, ce que tu dis avec des mots, tu le fais déjà dans ton corps, donc ça ne sert à rien" ; en fait MUET permettait d’illustrer ça, de montrer tout ce que l’on raconte sans texte."

  • Comment les élèves se sont appropriés ce travail ? 

Pour Jonathan Inouir, élèves de Joffrey Roggeman, le premier challenge a été ce travail d’analyse. "On devait comprendre ce que le personnage voulait dire, avant de chercher à adapter, à transformer, afin de rester juste. J’ai mis un peu de temps à y arriver ! Cette échéance m’a aussi aidé à développer ma créativité. Je visualise mieux tout ce que l’on peut apporter de personnel dans l’approche d’une scène."

Elève de Raphaëlle Bruneau, Juliette Galloy raconte sa rencontre avec cette échéance : "Plutôt que d’apprendre par cœur un texte et de le réciter, le projet était de créer ! Nous avons lu notre scène, puis la pièce ; nous avons fait pas mal d’improvisation muettes autour des thèmes de l’œuvre, pour d’abord explorer le sens au travers du corps. Puis nous avons ajouté des sons, des mots, puis une phrase, etc. C’était très intéressant. Ici la découverte du travail en groupe, que ce soit dans le travail de scène ou le travail chorégraphique, a été plus difficile. Nous avions tous des idées et des points de vues différents, et il a fallu faire des choix, ce qui pouvait être frustrant !"

Les trois jours d’échéances se terminent, pour laisser la place au prochain travail : celui des ALEXANDRINS ! Nous souhaitons une belle découverte et exploration des textes classiques, dans la continuité du travail autour du rythme du corps et de la parole.

Merci à Julien Delbès, Raphaëlle Bruneau, Joffrey Roggeman, Jonathan Inouir et Juliette Galloy d’avoir pris le temps de partager ces mots.