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Le module 2 au Cours Florent Bruxelles

Emilie Maréchal et Sophia Geoffroy, professeures au Cours Florent Bruxelles nous présentent le module 2

La promotion VII du Cours Florent Bruxelles est à 4 mois de la fin de leur formation d'acteur. Les élèves de troisième année présentent en ce moment au public leur Module 2. 

Après avoir travaillé avec Sarah Siré et François-Xavier Hoffmann pour le premier Module, les deux classes ont été dirigées par Sophia Geoffroy et Emilie Maréchal. Autour de quelle matière ont-ils créé ? Comment le travail a-t-il été abordé et s’est-il concrétisé ? Quels outils ces deux artistes ont-ils souhaité transmettre aux futurs élèves brevetés ? 

  • Emilie Maréchal : « Avec ce module, je souhaitais inviter les élèves à une réflexion autour de "la femme", et plus spécifiquement autour de comment nous catégorisons la femme. Ces catégorisations sont stigmatisantes, invisibilisent et enferment chaque individualité dans un ensemble de préjugés et de stéréotypes, voire de caricatures. Être une femme, cela a aussi changé de sens d’une décennie à l’autre. Nous nous sommes posé la question des formes d’identités inclues dans le mot femme. »
  • Sophia Geoffroy : « De mon côté, c’était la première fois que je proposais un travail au sein du Cours Florent, et j’ai souhaité partir d’un projet personnel, un travail en cours autour de La Cerisaie de Tchekhov. Il a fallu adapter le projet et les partis pris de mise en scène au cadre du Module et à un groupe d’une vingtaine de jeunes acteurs.actrices. »

Un groupe est parti d’un thème, l’autre d’une œuvre. Comment avez-vous fait se rencontrer le projet avec vos classes respectives ? Avec quels questionnements ?

  • Sophia Geoffroy : « Au niveau de la dramaturgie, on a pris le temps de parler du sens et de la résonnance de l’œuvre aujourd’hui, de comment un texte passe les siècles et garde sa force. La Cerisaie parle du sentiment de la perte et de l’imminence de la catastrophe, face à laquelle on est dans l’incapacité d’agir. Aujourd’hui, si on transpose cela sur notre modèle occidental, il y a beaucoup de matière ! Tout notre mode de pensée, notre économie, est basé sur un paramètre faussé : celui des ressources qui seraient inépuisables. Avec cette prise de conscience, nous faisons face à de potentielles solutions modifiant toute notre identité, notre culture. De nouveau, comment agir ? »
  • Emilie Maréchal : « En tout début de travail, j'ai proposé aux élèves de répondre par des cartes blanches à cette question: "pour vous, qu'est-ce qu’être femme?". Ces propositions me permettaient de rencontrer les élèves, de voir leurs univers, leurs préoccupations et leurs points de vue sur ce sujet. Nous avons ensuite poussé certaines de ces propositions qui proposaient un regard singulier.  J'ai ensuite proposé à mes élèves de travailler sur différents textes. Les principaux sont Plainte contre X de Karin Bernfeld - un monologue parlant des dérives de la pornographie - et Aujourd'hui Madame, une émission de télévision de 1973, où 11 hommes décortiquent la "femme idéale". J'ai aussi choisi de prendre appui sur des paroles essentiellement documentaires de 1970 à nos jours ; et évoquer également des figures féministes et anti-féministes. »

Quelles formes ce travail prend-il ? 

  • Emilie Maréchal : « C’est un travail de création, entre acte théâtral et performance. Nous tentons de tracer un arc entre la catégorisation nécessaire, mais souvent grossière et rigide, vers l’intime et l’histoire particulière, complexe. »
  • Sophia Geoffroy : « Nous avons monté les trois premiers actes afin d’avoir la base des conflits entre les personnages, des enjeux du texte. Concernant la dimension plus actuelle, j’ai proposé aux élèves de remplacer le 4ème acte par une écriture personnelle. Tous les élèves ont écrit un texte, nous en avons sélectionnés 4 au travers d’un fil rouge, pour les travailler de manière chorale. C’est eux qui doivent faire une proposition de mise en scène, imaginer comment raconter leur histoire après 3 actes de Tchekhov. Y a-t-il continuité, y a-t-il rupture... Cette partie d’écriture doit être un geste commun, on doit sentir le travail collectif et faire le deuil des textes non sélectionnés. »

Vous avez toutes les deux votre propre parcours. Quels outils et méthodes avez-vous essayé de transmettre ? 

  • Emilie Maréchal : « Lorsque l’on a abordé le travail avec Aujourd'hui Madame et Plainte contre X, il était important pour moi d'explorer des pôles de jeu différents. Alors que dans le premier texte, nous allons vers une farce, un jeu proche du grotesque, le deuxième lui, fait appel à une grande tension et sobriété. En dehors du jeu d'acteur, j'essaye d'impliquer les élèves à différents niveaux de construction du module : scénographie, musique, lumière, costumes... pour aussi se dégager d'une direction unilatérale qui serait la mienne, et aller chercher leur parole singulière. »
  • Sophia Geoffroy : « Nous avons beaucoup travaillé sur l’action-réaction. Je voulais les voir réagir à ce que leurs partenaires proposaient. Chaque fois que ce n’était pas connecté au présent, nous avions cette discussion : comment négocier entre son propre désir dans le jeu et cette connexion avec le désir de l’autre ? Ensuite, je leur ai suggéré de ne pas chercher un état émotionnel, mais d’être concret sur des mouvements et des actions. Ceci permettant de ramener l’attention sur des éléments que l’on peut garder en conscience : le corps, le rythme. L’émotion devient une composante convoquée par cette concrétude. Enfin j’ai souhaité partir d’eux avant tout, dans leur différence, et les endroits de résonnance entre eux et les personnages. »

Module 2 – Saison 2021-2022

Elèves de troisième année – Promotion VII

Classe dirigée par Emilie Maréchal

  • Assistée d’Alison Rabillon (Promotion V)
  • Vendredi 11 Mars à 13h et 18h
  • Distribution : ATTENELLE Brunhilde BANGALA Sarah CHEMIN Pierre COLLIGNON Hélène COPPIETERS DE GIBSON Elizabeth COULON Louis DATOUSSAID Sahra DEFRANCE Justine DORTHE Joséphine EECKHOUT Luca KHALAF Zaccharia LAFQUIRI Amina LUCIANI Jean-Baptiste URLUDAG Gabriel VAN GHELUWE Jérôme VANKEIJMEULEN Antonin WATERLOT Océane WIGGER Inès.

Classe dirigée par Sophia Geoffroy

  • Assistée Léa Siniscalco (Promotion V)
  • Mardi 15 Mars à 13h et 18h
  • Distribution : BELLINI Ellie BITOUN Charlotte CONTE Michaël CUYPERS Céline DELREE Martin GOLDBERG Florence LHEUREUX Adrien LONGREE Aubéri MEDARD Raphaël MOREAU Clémence PAYA Eliott RAVAILHE Louise SOKHAN SANJ Joubin TESTAUD Eva THIRION Laura VAN REYMENANT Lucas

Biographies

Emilie Maréchal

Emilie Maréchal est comédienne et metteure en scène, à cheval entre Bruxelles et la Bretagne. Après ses études à l’INSAS en interprétation dramatique, elle a joué au théâtre sous la direction de Roméo Castellucci, Joël Pommerat, Robert Lepage, Thibaut Wenger, Lorent Wanson, Sabine Durand, Alexandre Drouet, Joséphine de Weck, Thomas Dardenne... Et au cinéma avec Camille Meynard, Claudio Capanna, Olivier Smolders, Fouzi Louahen, Serge Goriely, Mounir Ben Bachir, Jean-Benoit Ugeux.

Photo d'Emilie Maréchal, professeure au Cours Florent Bruxelles

Elle a été nominée « Meilleur espoir » aux Magritte 2015 avec le film Tokyo Anyway de Camille Meynard, et aux prix de la critique théâtre 2016 avec Plainte contre X de Karine Bernsfeld. Peu après sa sortie d'école, elle a commencé l'écriture et la mise en scène avec Le dictateur, La Petite Fille au Théâtre Océan Nord, puis la Museum Night Fever à l’Opéra Royal de la Monnaie. Il y a 4 ans, elle s’est tournée pour la première fois vers la réalisation avec FIGHT, un film documentaire présenté au Théâtre National de Bruxelles. Puis avec Pattern, une création qui mêle théâtre, installation et cinéma documentaire, réalisé la saison dernière en binôme avec Camille Meynard.

Elle a affirmé son désir de formes hybrides où le cinéma a une place à part entière. Depuis 3 ans, elle se dirige un peu plus vers la performance avec le collectif Transquinquennal (dans le cadre de l’école des Maîtres), Boris Dambly au Palais de Tokyo de Paris, le quatuor CoryFeye et en binôme avec le designer Sylvain Descazot pour l'exposition La toute première fois présentée à la galerie ARTEM.

Sophia Geoffroy

Sophia Geoffroy est comédienne et metteure en scène formée à l’INSAS (Bruxelles). En 2015, elle a écrit et mis en scène son premier spectacle « 1965 ou la Révolte d’un citron », une auto fiction qui traite des années de plomb au Maroc, (espace Magh et Comédie de Reims). 

Sophie Geoffroy, professeure du Cours Florent Bruxelles

En 2015, avec Hélène Lacrosse et Noémi Knecht, nous avons créé la compagnie fluorescence collective et présenté deux projets « Apaches » (festival de Liège factory), et « Nous qui sommes cent » (Théâtre National de Bruxelles). Leur démarche était simple, à trois, elles écrivent, créent, interprètent.

De ce processus collectif est né l’envie de pousser chacune leur propre démarche artistique. C’est ainsi qu’en 2018, elle a repris le chemin de la mise en scène avec un spectacle jeune public « Le journal de grosse patate » de Dominique Richard. En 2019-2020, elle a eu l’occasion d’accompagner deux projets d’écriture de série TV produits par la RTBF (« Transports » et « Talk Talk », en développement).

Crédit photo : Béatrice Cruveillier

Crédit photo  : Dayana Knes