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Quand Jérémy Ferrari rencontre les élèves du Cours Florent

Jérémy Ferrari revient sur sa masterclass avec les élèves du Cours Florent

Jérémy Ferrari a animé une master class de 2 jours auprès d'un groupe d'élèves du Cours Florent Paris. Il a accepté de nous accorder une longue interview et de revenir sur son expérience de la formation d'acteur dans l'école et sur ses projets. 

  • Jérémy, avant d'entrer au Cours Florent, tu étais déjà sur les planches. Pourquoi avoir choisi d'intégrer une formation ? 

J’ai eu de la chance de suivre une première formation théâtrale à Charleville, avec un très grand professeur de théâtre. Je faisais déjà de la scène à 16 ans mais je cherchais à avoir un objectif, une routine de vie pour avancer et m’améliorer. 

Je voulais faire le Cours Florent. Mes parents étaient rassurés par le prestige de l’école mais je ne pouvais pas commencer la formation car j’étais mineur. Ma mère m’a alors lancé le défi « Si tu arrives à rentrer au Cours Florent avant tes 18 ans, tu pourras arrêter l’école. Sinon tu continueras jusqu’au bac. »

Je suis venu à Paris passer une audition dans l’école. Le professeur, François-Xavier Hoffman, m’a trouvé bon et m’a aidé à obtenir une dérogation exceptionnelle pour intégrer la formation d’acteur dès mes 17 ans. J’ai ainsi pu rentrer au Cours Florent en étant le plus jeune élève de la promotion, au moins. Ma mère a dû respecter notre deal et mes parents m’ont laissé partir.  

J’avais l’impression de quitter mes études pour en reprendre d’autres mais c’était l’occasion d’apprendre de nouvelles choses. J’allais pouvoir me faire des contacts et avoir une première approche de ce milieu que je ne connaissais pas. C’était un cadre rassurant pour commencer à appréhender ce qu’était ce métier.

  • Savais-tu quel métier tu voulais faire au début ? Comédien ou humoriste ?

Je n’ai jamais dissocié les deux, je suis comédien avec une spécialisation dans l’humour. Mais effectivement, j’étais déjà plutôt intéressé en priorité par le One Man mais je considérais que c’était une branche comme une autre. C’est comme se dire : « Je veux être pianiste. Ma spécialité, c’est le jazz mais je dois apprendre quoi qu’il arrive le piano. »  

Pour autant, le One man et le cinéma, m’ont directement intéressé contrairement au théâtre : je ne rêvais pas d’intégrer la Comédie-Française. Mais si on me proposait une grande pièce de théâtre qui m’intéresse, je le ferais peut-être quand même. 

  • Est-ce que l'apprentissage du théâtre, la pédagogie autour du théâtre, t’ont apporté quelque chose, soit dans l'écriture, soit dans le jeu ?

Mes spectacles sont entre du Stand up et des personnages de fiction. Dans tous les cas, il y a du jeu de comédien. Et pour mon travail de fiction, ça me sert particulièrement. 

L’humour, c’est également l’occupation de l’espace, l’apprentissage de la respiration, le placement du regard… C’est toujours la même base et je reviens toujours au théâtre d’une certaine manière. Pour revenir sur ma métaphore du pianiste, c’est comme le solfège : « quel que soit le type de musique que tu veux faire, il faut l’apprendre. » 

  • As-tu un souvenir particulièrement marquant de ton passage au Cours Florent ?

Je me souviens que nous sommes allés dans les rues du dix-neuvième pour jouer et j’avais repris la tirade des cerisiers de Benoit Poelvoorde dans « C’est arrivé près de chez vous ». J’ai passé un super moment dans cette cité HLM près du Cours Florent. C’est un souvenir qui m’a profondément marqué.

  • Quel souvenir gardes-tu de la pédagogie de l’école ?

Mon premier professeur, Sébastien Libessart, m’a beaucoup appris. Il fait partie de ces gens très intelligents qui arrivent à ce que chacun se sente différent sans jamais n’exclure personne dans le groupe. Sébastien avait compris que j’avais besoin d’être rassuré, que j’étais timide et que j’avais du mal à travailler avec certains pans de ma personnalité, notamment du côté des « choses sensibles ». Il m’a donc laissé très libre. Il avait compris que les contraintes me dérangeaient. Je trouve qu’il a été brillant. 

On ne peut pas savoir d’avance comment quelqu’un peut se révéler, il faut laisser sa chance à tout le monde : chacun à une sensibilité différente et des manières de l’exprimer différentes. Je pense qu’un bon professeur voit les personnalités, les aptitudes de chacun mais traite tout le monde de la même manière, sans favoritisme. 

La seconde année, par exemple, la rencontre avec mon nouveau professeur ne s’est pas aussi bien passée. Je me suis inscrit au concours de la Classe Libre Théâtre et ai été refusé. J’ai donc décidé de quitter la formation en cours d’année.

Sinon, j’ai beaucoup apprécié le travail devant la caméra. Quand on nous a demandé de reprendre des extraits de films et de se les approprier, j’ai trouvé ça formidable. J’avais par exemple repris un texte classique et j’avais eu une bonne note en cassant le rythme des alexandrins. 

Globalement, ce que j’ai apprécié au Cours Florent, c’est la place laissée à la créativité et ça c’est très important. En tout cas, ça l’était pour moi.

  • Tu es venu faire une master classe devant des élèves actuellement dans le cursus de formation. De quoi avez-vous parlé ?

Il y a, pour moi, deux types de master classes. Il y a le « question-réponse » qui est un exercice que j'aime mais qui est très restreint, c'est juste une rencontre. Mais là, j'avais envie de faire plutôt un petit stage qu’une master class finalement. 

Sachant que nous avions 2 jours, j'ai quand même pris 2 heures au début pour répondre aux questions parce que je sais qu'il y a des élèves qui aiment ça. Les questions étaient très vastes et souvent sur le thème du succès : comment il arrive ? comment on le gère ? Les élèves sont souvent friands d’en savoir plus mais personne ne le sait vraiment finalement. Cependant, je mets beaucoup en avant le travail et la sincérité parce que je pense que c'est ce qui fait que ça marche et que ça peut durer, en tout cas dans l'humour. 

Il faut d’abord, je pense, suffisamment travailler et être suffisamment technique pour faire partie des 10 ou 15 élus qui remplissent des salles sur le long terme. Ensuite, plus que le « talent », c’est la sincérité qui compte le plus car c’est l’idée qui, pour moi, englobe tout et notamment l'originalité du propos et de l'écriture. Devenir incontournable et aimé tient dans ce qu’on va apporter de plus, notre créativité, notre différence et je ne crois pas que ça puisse être construit ou fabriqué. Ça peut -ça doit- être travaillé et développé mais pas inventé.

L'envie d'exister, la peur de disparaître, l'argent, l'ego, l'entourage ne facilitent pas le chemin mais, concrètement, la sincérité est dans la réponse qu’on donne à de simples questions comme : ai-je envie ? est-ce que c’est moi ?

  • Depuis 7 ans, tu te mets en scène dans les « Duos Impossibles de Jérémy Ferrari ». Comment ce spectacle a évolué pendant ces sept ans ?

Ce spectacle est joué dans le cadre d'un festival d'humour et de musique que je produis en Belgique depuis 8 ans et qui s’appelle le « Smile and Song ». Le spectacle ouvre le festival. 

J’ai cherché à faire un gala d’humour différent avec ces sketchs inédits. J'ai eu l'idée de proposer à des humoristes d’écrire des duos inédits. Ils m’ont toutes et tous dit oui !

Aujourd’hui, je fais des sketchs, je mets en scène et je présente pendant qu’avec mon équipe, on produit tout de A à Z. Depuis 8 ans, tout a énormément évolué : la réalisation, la mise en scène, l’accompagnement que j’apporte aux autres... Cela m’a permis de prendre aussi plus confiance en moi.  Je pense en tout cas que les émissions sont meilleures au fur et à mesure des années.

  • Ta chaîne YouTube comptabilise des dizaines de millions de vues. Quelle est ta relation avec les réseaux sociaux ? A-t-elle changé cette année avec la fermeture des salles dues aux restrictions sanitaires ?

J’ai commencé sur les réseaux avec l’émission « On ne demande qu’à en rire » mais je m’en occupe réellement depuis bientôt 1 an. J’ai la chance, aujourd’hui, d’avoir une équipe qui m’aide et qui m’incite à faire des vidéos et à partager mon actualité mais j’avoue que je ne suis pas très bon. Je n’ai pas vraiment le temps non plus car je travaille énormément pour la scène et le cinéma entre autres. 

En revanche, nous avons développé nos propres plateformes :  la billetterie en ligne, Darksmile TV pour retrouver en streaming mes spectacles et celui des artistes que je produis, Gondwana TV pour le pôle africain… Nous avons également notre propre plateforme de vente pour mes bouquins : tu peux les trouver sur toutes les plateformes mais si tu les commandes sur ma plateforme, tu les reçois dédicacés. 

Je considère de toute façon que mon travail est d’apporter un « produit fini » sur scène, à la télévision ou au cinéma. Et ce travail se fait sur un temps plus long… Je me consacre plutôt là-dessus

  • Avec la fermeture des salles, comment as-tu occupé cette année de crise sanitaire ?

J’ai profité du confinement pour avancer sur mes projets d’écriture. J’avais le spectacle d’Eric Antoine à finir, le spectacle de Le Cas Pucine, la ventriloque et la gagnante d’Incroyable talent, à écrire et à mettre en scène le spectacle de Philippe Croizon, le nouveau spectacle de Guillaume Bats et celui d’Arnaud Tsamère qu’on produit et co-écrit ensemble. J’avais donc beaucoup de travail. J’en ai ainsi profité pour maximiser l’écriture, au point où je me suis dit : heureusement que je ne suis pas allé en tournée parce que je ne sais comment j’aurais pu écrire tout ça. 

Maintenant, c’est bon par contre : j’ai hâte de repartir. 

  • Tu es auteur, artiste martial, comédien, metteur en scène et producteur. Est ce qu'il y a une envie, une ambition, une étincelle qui sous-entend tout ça ? 

Il y a plusieurs choses qui me poussent mais je pense que cela vient particulièrement de mon hyperactivité. J’ai un « trop plein de trop de choses tout le temps sur tous les sujets ». J’ai besoin de faire et de faire bien !

  • Aurais-tu un conseil à donner à celles et ceux qui souhaitent devenir comédien ?

La sincérité avant tout ! 

Quand je suis arrivé au Cours Florent, j’ai rencontré des gens qui étaient là pour de mauvaises raisons. C'est un métier, ce n'est pas une planque, ce n'est pas une excuse, ce n'est pas un trait de caractère, ce n'est pas une manière d'être original : c'est un vrai métier. Il faut arriver à percevoir en soi ce qu'on a de plus et ce qui va parler aux gens car n’oublions jamais qu’on fait ce métier pour et avec les autres. 

Essayer de trouver un point de vue original !

Il faut se demander comment proposer quelque chose de nouveau tout en restant très humble car il y a beaucoup de gens de talent qui sont en train de se poser la même question en même temps que nous. 

Mes parents avaient un petit commerce de proximité dans lequel il y avait une boucherie dont mon oncle s’occupait. Il préparait donc la vitrine de celle-ci et quand il avait fini et la trouvait belle, alors il passait de l’autre côté du comptoir afin de se mettre à la place du client et vérifier si, de leur point de vue, elle l’était tout autant. Je pense qu’un artiste doit faire pareil. Il doit d’abord écrire pour lui-même puis se mettre à la place du spectateur pour voir si ce qu’il écrit est assez original, percutant et rythmé.

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