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Masterclass François Florent sur le campus de Bordeaux

Master François Florent Cours Florent Bordeaux

« Le classique, c’est du moderne qui a fait fi du temps »

Monsieur Florent est venu au campus de Bordeaux début décembre 2019 pour donner deux masters class aux deuxièmes années du cours Florent dans l’enceinte du Château de Prince Noir. Deux masters class de 4 à 5 heures, sans pauses (!), pour diriger des étudiants sur des scènes classiques de Molière à Feydeau ; c’est en tous cas le programme qui avait été demandé.

Dans la salle 1, celle qui a des gradins, la salle des échéances et des auditions, une trentaine d’étudiants curieux, avides et respectueux, attendent le grand Monsieur. Celui-ci donne le ton avec bienveillance ; on le sent heureux et dynamique. C’est le Florent de toujours, celui qui a duré, celui qui est toujours debout, et encore au-delà. 

Il défend les classiques : « un classique, dit-il, c’est un moderne qui a fait fi au temps… » une manière élégante et surannée d’affirmer l’immortalité du Théâtre ; il dit aussi « le théâtre, c’est une machine à remonter le temps ».

Devant lui, on va jouer d’abord la première scène du Misanthrope, Alceste et Philinte prennent vie, recommencent, progressent, s’affrontent, se parlent enfin ; « c’est très bien » ponctue le professeur « mais ne faites pas du théâtre, faites LE théâtre » ; il fait rire souvent, il rit lui-même… puis se passionne, s’anime, sur un mot une réplique, un geste « Pas de gestes ! ce sont des gestes d’impuissance, tout le contraire… » il fait le coléreux, l’énervé, mais avec bonheur. Il cite la comédienne Rachel « Le théâtre c'est simple, tu me parles et je te réponds. » « Jouir sur scène », voilà ce qu’il va répéter souvent, « transformez l’obstacle en jouissance » ; il leur demande la définition de l’Amour « qu’est-ce que l’Amour ? » il reçoit des réponses en acquiesçant, mais ce n’est pas ce qu’il veut entendre « l’Amour, c’est un état de grâce, nous sommes dans un lieu sacré ! » dit-il.

Il va rester longtemps sur les premières répliques des scènes « il faut bien commencer » ; Il dira un peu plus tard « Je veux t’interrompre souvent pour te désarçonner ».

On change de comédiens, mais pour la même scène car il veut un autre Philinte, un Philinte différent parce qu'« il n’y a pas de vérité unique » et « Vous êtes les rois sur scène, c’est quand tu veux, quand tu peux, quand tu en as envie ».

François Florent parle aussi « technique ». Il redit les règles des rimes féminines et masculines, des monosyllabes, des longues et des brèves, les diphtongues, les interstices… « Respire ! Respire, pas obligatoirement pour parler, mais pour respirer ; la respiration, c’est la vie sur la scène », Et le regard : « l’anticipation oculaire ! » Puis, il surprend « pourquoi es-tu là ? Qu’est-ce que tu veux nous dire, Qu’est-ce que tu veux entendre ? », autant de questions auxquelles les étudiants, intimidés, ne répondent pas vraiment… mais François Florent attend-il une réponse ? il nous répète « non solum, sed etiam » Non seulement mais aussi…

Puis vient une Célimène. Là aussi, les étudiants proposent une mise en scène que François Florent accepte. « Recommence » : il faut trouver le juste, la vrai, la vérité. « La vérité est plus importante que le naturel » là aussi, les personnages évoluent et deviennent de plus en plus réels. On aura une Hermione redoutable face à un Pyrrhus piteux, un Dom César de Bazan éclatant et sincère, « il ne tient qu’à vous de prolonger ce silence » dit François Florent aux étudiants pour féliciter le travail du jeune comédien, un Matamore passionné, tonitruant et amoureux, un Chérubin d’abord pâle et inexistant, puis, grâce aux conseils du Maître, qui bouscule gentiment la comédienne, il se transformera un page enfin vivant et charnel, un Roméo et une Juliette si contemporains « On ne peut pas se soustraire à Shakespeare» ironise respectueusement le Maitre. 

À tous, François Florent dira « Qui es-tu et que viens-tu faire sur scène ? », il saluera les souffrances, « il faut être vulnérable », évoquera « le chariot de Thespis : la machine théâtrale ! » Quand c’est bien, il s’amuse « comme on dit au théâtre, refais-le-moi pour que je sois sûr que ce n’était pas une coïncidence » ; il ironise « on travaille très bien tous les deux ! ». On rit souvent, on écoute, on est fasciné : « ce qui est important pour moi, c’est d’être de connivence avec vous » avoue-t-il.

Parfois un élève se justifie, il répond « Vous êtes là pour avoir toutes les idées du monde… mais vous devez aussi faire ce qu’on vous dit de faire ; le comédien doit être à la fois extrêmement intelligent et tout à fait bête… Soyez disponibles ! ». Il parle aussi du public « Ces cochons de payants, il faut les tenir jusqu’au 5ème, tu vas leur faire un sourire qui suscitera des signatures à la fin de la représentation et n’oubliez pas qu’on s’expose à la multitude, donc, il faut plaire »

Il rappelle que Pablo Picasso a travaillé ces classiques avant de proposer son art… « Allez à Barcelone, voyez son musée et vous comprendrez »

François Florent est impressionnant ; il dégage une force et un dynamisme, une bienveillance aussi. Il regarde avec tendresse ces jeunes comédiens : « vous êtes là pour tenter une aventure de vie, nous sommes là pour vous mettre en garde » voilà un clin d’œil caché aux professeurs du cours, puis un autre, « Et oubliez ce que je viens de vous dire, tout en vous souvenant que je l’ai dit »

Heureux moments que nous avons passés en sa compagnie, dans une intimité enviable et avec la certitude d’aimer encore plus le théâtre !

Pas de doute, François Florent fait fi du temps… et il le fait bien.

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